Buywell

HISTORIQUE

La signature de l’épicerie Buywell ainsi que sa mascotte, surnommée Jeeves, datent des années 1920. Pendant six décennies, leur traitement graphique changera fort peu, si ce n’est que Jeeves perdra, Dieu sait pourquoi, un doigt à chaque main. Si le nom de leur créateur reste inconnu, la rumeur veut qu’il ait étudié à l’Université de Chicago avec Walt Disney. Le panneau donné au Projet d’enseignes de Montréal se trouvait dans une vitrine, entre les deux portes avant de la succursale principale de la chaîne Buywell, plus précisément aux 1319 et 1321 de la rue Sainte-Catherine Ouest. Il dissimulait la moitié inférieure des viviers à truites et à homards. Ainsi, les passants n’en voyaient que la partie supérieure, en verre, et leurs occupants. Dans les années 1980, une plainte formulée par un inspecteur de l’Office de la langue française amène le propriétaire, Michael Litvack, à rayer le mot « since » de l’enseigne à l’aide d’un marqueur noir. M. Litvack arrive toutefois à convaincre les représentants de l’Office que Buywell est un patronyme, évitant dès lors que la raison sociale soit elle aussi censurée.

 

Véritable institution durant 85 ans au centre-ville de Montréal, Buywell connaît des hauts et des bas qui reflètent bien ceux que vit parallèlement la métropole québécoise. Fondé sous le nom de Stanford’s-Buywell en 1900, le commerce s’installe rue Sainte-Catherine Ouest, aux numéros 1319 et 1321, à côté du grand magasin Ogilvy. Il deviendra le porte-étendard de ce qui pourrait bien être la toute première chaîne commerciale à Montréal. De sa création aux années 1930, Stanford’s-Buywell prend de l’expansion et ouvre entre 10 et 15 succursales aux quatre coins de la ville. Toutefois, après les années difficiles de la grande dépression, il n’en reste plus que deux quand la famille Litvack achète l’entreprise en 1946.

 

Le boum économique de l’après-guerre redonne tout leur dynamisme tant à Montréal qu’à Buywell. « Nous exportions en Pologne – partout dans le monde, en fait », se rappelle Michael Litvack. Sa croissance suit celle de l’entreprise, dont il prend les rênes après la mort de son père, en 1977. « La guerre finie, chacun manque de tout, mais Buywell vend de tout. »

 

Bientôt, Buywell peut se targuer du plus fort volume de vente au pied carré à Montréal. Cette réputation de l’épicerie contribue à soutenir son chiffre d’affaires : quand on ne parvient pas à dénicher ailleurs ce que l’on cherche, on sait qu’on le trouvera chez Buywell. « Il fallait parfois demander l’article convoité, car toute la marchandise n’était pas nécessairement en rayon, mais peu importe, nous l’avions, affirme M. Litvack. À cette époque, Buywell tenait le haut du pavé. »

 

Renommé comme chef de file dans la vente de produits hauts de gamme, Buywell a tout intérêt à rester en retard sur son époque. Ainsi, bien après que le libre-service fut devenu la norme, l’établissement continue à offrir un service personnalisé et compétent. « Nous travaillions à l’ancienne, et notre succès reposait en grande partie sur cette façon de faire », explique M. Litvack.

 

Les articles de qualité vendus chez Buywell attirent une vaste clientèle, notamment de nombreuses personnalités du Montréal politique et culturel. M. Litvack se souvient entre autres de ces consommateurs :

  • accompagné par son garde du corps, René Lévesque vient tous les vendredis après-midi se procurer « des bonbons à la menthe, de la viande et des pommes de terre rouges »;
  • le comédien Donald Sutherland parcourt les allées habillé « tout en noir comme Batman, cape comprise »;
  • Hugh McLennan, figure majeure de la littérature canadienne, magasine en « veste à carreaux, chemise écossaise et pantalon quadrillé »;
  • Mordecai Richler – le célèbre écrivain – fait ses emplettes, son emblématique cigarette pendouillant à ses lèvres; et
  • pendant leur pause, les interprètes qui tournent un épisode de la Famille Plouffe (la série télé passée depuis dans la légende) partent des studios de Radio-Canada, au bas de la rue, pour venir s’approvisionner chez Buywell.

 

Le père de M. Litvack dirige la maison Buywell de 1946 à 1977, année de son décès. Épaulé par ses frères, il parvient à établir une impressionnante présence commerciale aux quatre coins de la ville. À leur apogée, les Litvack possèdent 36 magasins sous diverses raisons sociales, dont trois Buywell, et pourvoient aux besoins d’une clientèle variée. Le berceau de la chaîne n’en reste pas moins l’épicerie originale de la rue Sainte-Catherine avec ses clients pittoresques et ses employés aux longs états de service. « J’avais l’habitude de dire que je n’échangerais pas cette succursale contre les deux supermarchés les plus rentables de la chaîne Steinberg », se souvient M. Litvack.

 

Ce dernier prend la direction de Buywell en 1980, juste après l’entrée en vigueur de lois provinciales régissant l’exploitation des commerces. « Ces nouvelles mesures, qui permettaient le prolongement des heures d’ouverture et qui donnaient à plus de magasins la possibilité de vendre plus de produits, notamment la bière, ont tué les entreprises familiales comme Buywell, soutient M. Litvack. De nos jours, tout le monde offre tout, et les petits commerçants doivent se contenter des miettes pour survivre. »
L’épicerie fine Buywell de la rue Sainte-Catherine Ouest ferme ses portes en 1985. On pourra consulter à loisir la petite collection de photos que M. Litvack partage sur Flickr.

AUTRES PHOTOS

  • EMPLACEMENT ORIGINAL 1319 et 1321, rue Sainte-Catherine Ouest
  • LIEU D’EXPOSITION ACTUEL Deuxième étage du pavillon Communication et journalisme (CJ) – campus Loyola de l’Université Concordia
  • ANNÉE D’ACQUISITION 2011
  • NOUS REMERCIONS M. Michael Litvack

Buywell

HISTORY

The Buywell script and mascot, known as Jeeves, date from the 1920s. Other than the unexplained loss of a finger on each of Jeeves’ hands, the graphics changed little over the next 60 years. While the artist’s name is unknown, he is reputed to have attended the University of Chicago with Walt Disney. The sign donated to the Montreal Signs Project was displayed in the window between the two front doors of the flagship Buywell store at 1319–21 Ste-Catherine Street West. It was used to hide the lower half of the live trout and lobster tanks, so passersby on the sidewalk outside would see only the upper glass halves and their occupants. A complaint by an inspector from the Office de la Langue Française in the 1980s resulted in owner Michael Litvack obscuring the English word “since” with black marker. Litvack managed to convince the inspectors that Buywell was a surname and thus avoided similar censure.

Buywell fine foods was a downtown institution whose 85-year history mirrored the ups and downs of Montreal during this period. Founded as Stanford’s-Buywell in 1900, the original store at 1319–21 Ste. Catherine West (next door to Ogilvy’s) was the flagship in what is reputed to have been Montreal’s first chain of stores. Between 1900 and the 1930s, Stanford’s-Buywell grew to between 10–15 shops across the city. However, the lean years of the Depression had seen it reduced to two stores by the time it was purchased by the Litvack family in 1946.

The post-war boom brought both Montreal and Buywell roaring back to life. “We were shipping to Poland and all over the world,” says Michael Litvack, who grew up with the business and took over after his father’s death in 1977. “Nobody had anything after the war, and Buywell had everything.”

Buywell was soon posting the highest sales per square foot in Montreal. Buoying these sales was its reputation as the place to go if you couldn’t find what you were looking for elsewhere. “Sometimes you had to ask for it, because not everything was on the shelves, but we had it,” Michael says. “Back then Buywell was king.”

With its reputation as a leading purveyor of high-end ‘carriage trade’ goods, Buywell had a vested interest in being years behind the times and providing hands on, individual service long after self-serve had become the norm. “We did things the old-fashioned way, and that was a big part of our success,” says Michael.

Buywell’s quality goods attracted a clientele featuring many of Montreal’s leading political and cultural lights. Litvack recalls, among others:

  • René Lévesque coming every Friday afternoon accompanied by his security detail for his “menthols, meat and red potatoes”
  • Actor Donald Sutherland walking the aisles dressed “like Batman — all in black with a black cape”
  • CanLit legend Hugh McLennan coming in dressed in “checkered jacket, plaid shirt and checkered pants”
  • Literary icon, Mordecai Richler, shopping with a trademark cigarette dangling from his lips
  • The cast of the Plouffe Family on their breaks from filming the latest episode of the now legendary series down the road at CBC studios.

Litvack’s father ran Buywell from 1946 until his death in 1977, and together with his brothers built up an impressive presence across the city. At its peak, the Litvacks owned 36 stores under various names, including three Buywells, and catering to an array of customers. The spiritual home, however, remained the original shop on Ste-Catherine with its colourful clientele and long-serving employees. “I used to say I wouldn’t sell it for the two most profitable stores in the Steinberg chain,” Michael said.

Michael took over Buywell’s operations in 1980, just as new provincial laws governing store operations were coming into effect. “Those laws, which allowed longer opening hours and expanded the number of stores that could sell things like beer, killed small businesses like Buywell,” Michael said. “Nowadays, everyone has everything – and the smaller ones live off the scraps.”

The Buywell store at 1319–21 Ste-Catherine West closed in 1985. Mr. Litvack has a small collection of photos on Flickr.

MORE IMAGES

  • THEN: 1319–21 Ste-Catherine West
  • NOW: CJ Building, second floor (Concordia University, Loyola Campus)
  • ADDED TO THE MSP COLLECTION: 2011
  • SPECIAL THANKS TO: Mr Michael Litvack